LES BIOCARBURANTS

De l'huile végétale à la place du gazole

Actuellement, nous consommons du pétrole, du charbon, de l'énergie nucléaire, des engrais minéraux... Ces énergies fossiles procurent 95 % de notre énergie et 95 % des terres agricoles sont cultivées avec des engrais minéraux. Energies fossiles le pétrole stocké depuis des millions d'années dans le sol, le charbon, le minerai d'uranium, énergie fossile les minéraux qui servent d'engrais dans l'agriculture intensive (non biologique)... Or ces stocks d'énergies fossiles s'épuisent très vite, pour certaines d'entre elles. De plus, chaque litre de gazole, chaque kilo de charbon brûlé consomme l'oxygène de l'air et charge inexorablement l'atmosphère en gaz carbonique, oxyde d'azote, particules toxiques, soufre, qui accroissent sans cesse l'effet de serre. D'où l'urgence de se tourner vers les énergies dites renouvelables : d'ici trente à cinquante ans, les réserves de pétrole liquide seront épuisées. Quant à la pollution atmosphérique, elle risque d'engendrer des effets planétaires catastrophiques pour toutes les espèces vivantes. Toute la survie de l'humanité est donc maintenant dépendante de notre capacité à utiliser dans l'avenir des énergies non polluantes. Mais aussi à économiser cette énergie de plus en plus précieuse. Qu'est-ce qu'une énergie renouvelable ? En principe, c'est une énergie qui peut être produite sans jamais s'épuiser, et toujours à partir de ressources et d'éléments naturels : comme le vent qui peut faire tourner les éoliennes, le soleil qui peut produire de la chaleur et de l'électricité, l'énergie des fleuves qui fabrique du courant, les carburants agricoles obtenus par la transformation de plantes en énergie, mais aussi les biocombustibles comme le bois, les copeaux, la paille, le gaz naturel de fumier ou de matière organique en décomposition. En principe, une énergie renouvelable est donc renouvelable à l'infini, et sans dommage pour l'environnement : elle ne dégrade ni les eaux, ni les sols, ni l'atmosphère que nous respirons, et encore moins la végétation qui représente la base de notre propre énergie... humaine, c'est-à-dire de notre nourriture, que nous mangions des plantes ou que nous mangions des animaux qui, eux, mangent des plantes.

Ethanol, ester...

L'exemple des biocarburants permet de comprendre encore mieux ce qu'est une énergie réellement renouvelable. Il existe différentes sortes de biocarburants, fabriqués de différentes façons. Ces biocarburants viennent tous de la transformation des plantes en énergie liquide. On peut ainsi transformer en alcools les betteraves, les pommes de terre, le maïs, la canne à sucre. Le produit obtenu, appelé éthanol, peut être utilisé à 100 % en remplacement de l'essence. Les plus grands utilisateurs d'éthanol sont le Brésil et les Etats-Unis. Par contre, à partir d'oléagineux (colza, tournesol, ricin mais aussi palme ou noix de coco), on peut fabriquer soit des huiles, soit un produit plus élaboré appelé ester. On fluidifie l'huile après environ vingt-cinq opérations industrielles pour obtenir ce que certains appellent le Biogazole, d'autres le Diester, d'autres encore le Dieselbi, autant de marques commerciales qui recouvrent un seul et même produit : les esters méthyliques d'huile. Les huiles et les esters d'huile viennent en remplacement du gazole.

Pas vraiment "renouvelables"

Mais alors, qu'est ce qui va différencier tous ces produits ? Essentiellement deux choses :
  • la manière dont les plantes sont cultivées,
  • la quantité (ainsi que la qualité) d'énergie nécessaire pour transformer une plante en carburant liquide.
Par exemple, une culture intensive qui utilise des engrais minéraux qui consomment du pétrole pour leur fabrication, des pesticides, des insecticides, des fongicides, des herbicides, des durcisseurs et des raccourcisseurs de paille, des régulateurs de croissance... ne pourra jamais être considérée comme renouvelable : le jour où il n'y aura plus de pétrole pour fabriquer les engrais, la reconversion s'imposera. Et les molécules chimiques rémanentes utilisées en culture intensive auront généré entre-temps des effets secondaires toxiques que l'on découvre généralement... entre dix à vingt ans après leur première utilisation (voir les trop célèbres exemples du DDT, du Lindane, de l'Atrazine, pour ne citer qu'eux). Entre-temps, air et sol ont été contaminés, la faune, la flore, les insectes et leurs prédateurs sont empoisonnés... Donc, logiquement, un "biocarburant" ne devrait porter ce nom que s'il est fabriqué à partir de plantes cultivées en agriculture biologique ou en agriculture extensive dans un strict respect de l'environnement.

Pour quel rendement ?

Une fois la plante cultivée et récoltée, il va falloir en tirer le carburant recherché. Et là, deuxième problème : comment fabrique-t-on ce carburant ? Est-ce que l'on consomme peu ou beaucoup d'énergie dans la transformation industrielle ? Peut-on fabriquer le carburant sur place, ou doit-on transporter les récoltes très loin, vers de très grosses usines à des centaines de kilomètres des lieux de production agricole ? Quels produits permettent de réaliser la transformation industrielle ? Des énergies fossiles comme par exemple le fuel lourd, beaucoup de produits chimiques non recyclables ou des énergies renouvelables ainsi que des produits biodégradables ? A ce jour, d'après l'ensemble des experts consultés, on obtient de manière générale les résultats suivants :
  • Pour la fabrique d'éthanol, on peut obtenir un procédé de fabrication industrielle "propre" et un carburant très peu polluant. Malheureusement, la transformation industrielle consomme beaucoup d'énergie, et il faut l'équivalent énergétique de 900 litres d'éthanol pour en fabriquer 1.000 litres ! La fraction d'énergie renouvelable obtenue à la fin de toutes les opérations est donc assez faible.
  • Pour fabriquer de l'ester (Biogazole, Diester...), on doit, en France, transporter les récoltes à 250 km environ du lieu de culture, vers de grosses usines où près de vingt-cinq opérations industrielles sont nécessaires pour obtenir le produit désiré.
Pour obtenir 1.000 litres d'ester, il faut en consommer l'équivalent énergétique de 680 litres. Le rendement énergétique est donc meilleur que celui de l'éthanol, mais là encore il s'agit d'une fabrication qui est très gourmande en énergie.
Alors pourquoi continuer à fabriquer ces biocarburants ? Tout simplement parce qu'ils sont utilisés comme additifs... aux produits pétroliers : l'oxygène contenu dans les biocarburants contribue à réduire les pollutions urbaines.

L'huile végétale

Reste un biocarburant qui pourrait réellement correspondre à ce que l'on attend de ce genre de produit : il s'agit de l'huile végétale fabriquée par simple pression des graines et filtration de l'huile obtenue. M. Diesel, l'inventeur du célèbre moteur, avait déjà fait brûler de l'huile d'arachide dans un de ses premiers moteurs. Si vous allez en Allemagne aujourd'hui, vous serez étonné de voir... des véhicules Diesel venir chercher leur carburant... à la pompe à huile ! Des centaines d'expérimentations ont confirmé l'intérêt de ce carburant très simple à produire, et dont la fabrication coûte beaucoup moins d'énergie que tous les autres procédés. L'équivalent énergétique de 300 litres d'huile (colza ou tournesol) permet d'obtenir 1.000 litres de carburant : on obtient donc deux fois plus de carburant par hectare de culture en fabriquant de l'huile plutôt que de l'ester, et six fois plus par rapport à l'éthanol. C'est pour cette raison que des groupements d'agriculteurs français ont cherché à maîtriser eux-mêmes la production d'huiles végétales et continuent à travailler pour obtenir que notre pays reconnaisse leur produit au même titre que nos voisins allemands : un vrai biocarburant et qui ne supporte aucune taxe sur les produits pétroliers.

Et à l'avenir ?

Il reste encore un long chemin à parcourir pour que la plupart de ces biocarburants méritent réellement un tel nom. Mais la voie reste ouverte. Reste un travail passionnant pour développer de plus en plus de cultures, à usage énergétique, respectueuses de l'environnement, des modes de fabrication de carburants économes en énergies industrielles, mais aussi des moteurs plus économes, et surtout un vrai respect pour cette énergie qui va devenir de plus en plus précieuse au fur et à mesure de l'épuisement des réserves fossiles.

UNE LEGISLATION FRILEUSE

Si l'Huilerie du Bocage a déposé une marque (Diesel Nature) qui permet d'identifier l'huile carburant, elle n'a pas à ce jour reçu l'autorisation de commercialiser ce produit : la législation française n'est pas encore harmonisée avec le droit européen, alors qu'en Allemagne on peut trouver à certains endroits de l'huile... à la pompe, à côté du gazole et de l'essence ! Les moteurs Diesel n'étant pas tous identiques, certains peuvent utiliser le Diesel Nature moyennant quelques réglages simples. D'autres pourraient être assez facilement adaptés à la combustion des huiles végétales : cela permettrait d'avoir des moteurs polycarburants (huile et gazole). La technologie nécessaire à cette adaptation est connue et elle est extrêmement performante. Malheureusement les constructeurs automobiles n'ont pour le moment pas choisi de développer cette possibilité. Vous pouvez néanmoins, si cela vous intéresse, prendre contact avec l'association Agriculture et Energies Vertes qui saura vous orienter dans vos recherches.

J.-L. L. Jean-Loup Lesueur,
responsable de l'Huilerie du Bocage.

L'HUILERIE DU BOCAGE

A l'origine dédiée à la production d'huile à usage énergétique, l'Huilerie du Bocage développe une nouvelle activité : la production d'huiles alimentaires biologiques.

ENERGIE

L'Huilerie du Bocage offre aux agriculteurs et aux coopératives agricoles un débouché de proximité pour leur production de tournesol et de colza à usage énergétique.
La transformation locale des oléagineux génère de nombreux emplois, d'importantes économies d'énergie, et permet l'utilisation directe des huiles végétales comme carburants et combustibles.
Les presses à huile de pression à froid sont constituées d'une vis sans fin où les graines se trouvent progressivement écrasées. Elles produisent une huile brute (comportant des résidus de graines) qui est ensuite filtrée et des tourteaux gras qui servent à l'alimentation des animaux.
L'Huilerie du Bocage a déposé la marque Diesel Nature.

ALIMENTATION

Par ailleurs l'Huilerie du Bocage vient de recevoir la certification de Qualité France pour fabriquer des huiles biologiques à usage alimentaire, les agriculteurs intéressés peuvent fabriquer à façon pour leur propre compte leur production d'huile de tournesol ou de colza biologique.

source Biocontact