Les régimes hyperprotéinés sont ils dangereux ?

Parmi les différents types de régimes préconisés par les nutritionnistes et certains naturopathes, le régime hyper protéiné est l'un des plus connus et des plus employés. Ce type de régime consiste à consommer une grande quantité de protéines au cours des trois repas, et à limiter l'apport de féculents/farineux (voire à les supprimer) au cours des mêmes repas.

Les protéines, rappelons le pour le profane, sont essentiellement :

- les viandes, poissons, fruits de mer, oeufs, fromages, en ce qui concerne les protéines animales.

- les légumineuses (soja et dérivés, pois, pois chiche, lentilles, haricots grains, ...), les algues et les champignons, en ce qui concerne les protéines végétales.

Les céréales/féculents sont le riz, les pâtes, les pommes de terre, la banane, la châtaigne, l'avoine, l'orge, le blé, le topinambour, le seigle, etc.


Si l'on réduit la ration de féculents/farineux, on obtiendra un régime capable de faire maigrir la personne, quelque soit la quantité de protéines et de légumes cuits consommés par ailleurs. Il s'agit dès lors de faire remarquer que les nutritionnistes classiques considèrent que les protéines ont un apport calorique. Or les protéines ne sont jamais employées en tant que calories par l'organisme, lors d'un régime normal. Elles sont en revanche décomposées en acides aminés, lesquels vont servir de matériaux de construction des protéines propres à notre organisme.

Cependant, si un repas ne contient ni féculent, ni farineux, alors l'organisme ne recevra pas son apport calorique nécessaire à son métabolisme. Un mécanisme de sauvegarde, contrôlé de façon hormonal par une hormone antagoniste de l'insuline, se met alors en route et induit la transformation des acides aminés des protéines consommées, en glucose. On appelle cela la néoglucogenèse. Les protéines sont employées alors comme pourvoyeuses de calories, mais uniquement dans ces cas de figure exceptionnels.

Lorsqu'on supprime dans un régime alimentaire les farineux et féculents (comme on peut le constater dans le cas de certains régimes amaigrissants), alors le processus de néoglucogenèse s'emballe et l'individu connait, au bout d'un temps assez variable, des troubles types d'une carence en protéines, celles ci étant pourvoyeuses essentiellement de calories. Cela se traduit par la fonte musculaire, la destruction de la trame protéique osseuse, l'anémie, la chute immunitaire, la déprime, la fatigue, etc.

Un régime hyperprotéiné doit donc toujours maintenir une ration de féculents ou de farineux. Si le but recherché est de maigrir, il suffit de réduire à 50 grammes environ par repas cette ration d'aliments caloriques. Le reste peut être consommé à volonté.

A de nombreux titres, les consommateurs décident d'adopter un régime hyperprotéiné. Ils consomment alors une grande quantité de protéines à chaque repas, et même, dans certains cas, comme les sportifs adeptes de la musculation et du body building, ils consomment de la poudre de protéines en guise de compléments alimentaires.

Hormis certains sportifs, les adeptes des régimes hype protéinés sont surtout les femmes (et moins couramment, les hommes) qui veulent maigrir.

Le cas des sportifs est très particulier. Leur hyper consommation de protéines est très fréquente, et conduit à un autre cortège de troubles. Si le régime hyperprotéiné ne doit jamais supprimer totalement les féculents et farineux, il ne doit pas, non plus, induire une surconsommation trop prolongée de protéines. Effectivement, cette hyper consommation a tendance à intoxiner l'organisme, notamment par les purines, et à fatiguer en conséquence les reins. De plus, une hyperconsommation de protéines peut faire augmenter la pression onchotique (c'est à dire la pression moléculaire, pour exprimer cela simplement), ce qui peut induire, par exemple, de l'hypertension artérielle. Ce dernier trouble peut renforcer les troubles rénaux, car les vaisseaux sanguins situés dans le filtre rénal sont très fragiles.

La consommation de poudres protéinées, en particulier, peut s'avérer très nocif à moyen terme. Le sportif qui ne veut pas s'en passer aura tout intérêt à adopter des cures de drainage des reins et à surveiller sa tension artérielle régulièrement. Pour drainer les reins et agir sur l'hypertension artérielle, il peut être conseillé des cures d'aubier de tilleul, de verge d'or, de chiendent, de pissenlit et/ou de céleri, soit en ampoules, soit en gélules, soit en jus, soit en décoction, selon les plantes.

La source de la protéine a son importance. Certains sportifs consomment des poudres d'acides aminés de synthèse. Cela est fortement déconseillé, car les acides aminés de synthèse ne possèdent pas exactement la même structure que les acides aminés de la nature. Ces derniers sont de type L, et les premiers de type D, symétriques aux acides aminés naturels. L'un et l'autre sont un peu comme un original et son image dans un miroir. Si vous vous regardez dans une glace, vous vous voyez, mais en même temps votre gauche est à droite et vice versa. C'est la même chose pour les acides aminés D et L. Or ces légères différences de structure suffisent largement à perturber la structure des protéines. Les acides aminés de synthèse ne s'intègrent pas correctement dans les chaines métaboliques de notre organisme.

Parmi les protéines naturelles, il en existe de végétales et d'animales. Les premières sont souvent carencées en acides aminés essentiels. Ces acides aminés, au nombre de huit, ne peuvent pas être synthétisés par notre organisme ; ce dernier doit donc impérativement les trouver dans l'alimentation, sinon, une moindre carence en un seul d'entre eux peut bloquer la production de nombreuses protéines de l'organisme... Cependant, les algues et les champignons possèdent des protéines très proches des protéines animales.

Ces dernières sont plus complètes mais aussi plus riches en toxines, bien souvent. Cependant, le poulet et les poissons maigres, ainsi que les oeufs, constituent des sources de protéines relativement peu toxiniques.

Il existe des compléments alimentaires riches en protéines naturelles. Citons notamment la spiruline, algue d'eau douce comprenant tous les acides aminés essentiels, et le pollen, qui comprend même une notable proportion d'acides aminés essentiels libres (c'est à dire prêts à l'emploi immédiatement), par exemple, jusqu'à 2,5% de méthionine !!!

L'on s'aperçoit donc que beaucoup sont celles et ceux qui jouent avec le feu en bricolant des régimes hyperprotéinés, soit en s'inspirant de certains magazines peu fiables, soit par volonté d'un résultat rapide. Certains nutritionnistes contribuent également à répandre ce type de régime sans prendre la moindre précaution. Paradoxalement, alors que l'Occident connaît plutôt des maladies de surcharge alimentaire, certains d'entre nous parviennent à une sorte de malnutrition chronique, qui conduit à un affaiblissement de l'organisme. Un tel type de régime doit donc être suivi de façon limitée dans le temps, et sous contrôle de thérapeutes ayant intégré la vision naturopathique de la nutrition.

Alain Tardif, naturopathe

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enregistré 26-11-00