Maïs transgénique : faut-il s'inquiéter ?

La question des aliments génétiquement modifiés est l'une des plus importantes aujourd'hui. Les enjeux économiques sont énormes ; les tabous philosophiques sont puissants mais commencent à être transgressés ; les craintes des consommateurs sont profondes, car les agronomes et les industriels de l'agro-alimentaire touchent à ce qu'il y a de plus intime dans l'identité des espèces végétales et animales, ce qui nous renvoie aussi à nous questionner sur notre propre identité ; rappelons que la plupart des consommateurs refusent les aliments transgéniques. Faisons le point des risques posés par ce type de végétal. Et au delà du problème du maïs transgénique, dressons l'état des lieux de la recherche sur les biotechnologies, en nous appuyant sur les avis d'experts et d'hommes politiques.

Le maïs est un végétal originaire d'Amérique du Sud. Son origine est mal connue, voire mystérieuse, et toutes les théories ésotériques ont pu voir le jour pour expliquer l'apparition de cette espèce sur notre planète. Toujours est-il qu'il a été fortement divinisé par les peuples amérindiens précolombiens.

Les botanistes rangent le maïs (Zea Maïs) dans la famille des graminées, dont font partie également de nombreuses autres espèces céréalières (blé, orge, avoine, seigle, millet, etc.). C'est une plante annuelle de 8 à 20 décimètres de haut, qui fleurit en épis femelles insérés à mi-hauteur et en épis mâles situés à l'extrémité de la tige du végétal.

L'épi femelle est constitué d'ovaires serrés les uns contre les autres, terminés par des pistils longs et fins. L'ensemble est enserré dans des feuilles appelées bractées, d'où dépassent seulement la partie supérieure des pistils, qu'on appelle communément barbe du maïs. Une fois fécondés par le pollen, les ovaires donnent chacun une graine de couleur variable selon les maïs. Il en existe des blancs, des jaunes, des rouges, des bleus, des violacés et des noirs.

La pollinisation, c'est à dire la rapprochement du pollen et de l'ovule (voir schéma 1), se réalise grâce au vent. Le maïs est une plante dite allogame car la pollinisation est croisée, ce qui veut dire que seul un pollen d'un plant A peut polliniser un ovaire d'un plant B. En revanche, un pollen du plant B ne semblerait pouvoir polliniser un ovaire du même plant.

C'est le vent qui assure la dissémination du pollen de l'anthère jusqu'au pistil. Une fois que le pistil a réceptionné ce pollen, ce dernier émet un bourgeonnement, dans lequel se dirige le noyau, qui contient le matériel génétique. La protubérance émise atteint l'ovaire, et le noyau du pollen fusionne avec le noyau de l'ovule. C'est la fécondation. La graine contient donc à la fois les informations génétiques du pollen et celles de l'ovaire, ce qui assure un brassage génétique par croisement entre variétés de maïs.

Or la plupart des scientifiques sont conscients que, si un plant de maïs transgénique voisine un plant de maïs non transgénique, alors du pollen transgénique pourra polliniser le plant normal, et ainsi ce dernier produira des graines transgéniques.

C'est la raison pour laquelle la production de semences est réglementée. Si nous prenons l'exemple du maïs, deux champs de maïs semence de variété différente doivent être séparés par une certaine distance, qui assure un risque quasi nul de transmission de pollen d'une variété à l'autre. On garantit ainsi la nature des semences fournies aux agriculteurs. Au GNIS (Groupement National Interprofessionnel des Semences), on estime que la réglementation actuelle est suffisante en ce qui concerne les semences de maïs. Effectivement, d'après les biologistes, 85% du pollen de maïs tombe à moins de un mètre, 96% à moins de 8 mètres et 99% à moins de 60 mètres. La courbe étant de type hyperbolique (voir schéma 2), on constate que seule une fraction infime du pollen dépasse les 300 mètres. D'après Pierre Guy, de l'INRA, la portée utile du pollen de maïs est de 100 mètres.

Or la distance légale qui doit séparer deux champs de maïs semence est de deux cents mètres, voire de trois cents mètres, selon la configuration du terrain, s'il y avait des haies, etc.

Donc à priori, pas de problème, la production de semences de maïs non transgénique ne risque pas d'être contaminé par le pollen transgénique d'un champ transgène voisin. Mais le risque n'est pas nul, puisqu'on peut estimer à 0,1% le pollen capable de franchir des distances supérieures à 500 mètres. Et, toujours d'après Pierre Guy, la portée du pollen de maïs peut atteindre probablement le kilomètre. Cela signifie que la transmission du transgène d'un maïs transgénique à un maïs normal est tout à fait possible. L'association ECOROPA, qui, avec Green Peace, lutte contre l'autorisation de la culture du maïs transgénique en France, confirme l'hypothèse de cette transmissibilité, avec l'appui de nombreux scientifiques. Plus grave encore, Emile Vivier, Professeur émérite de biologie à l'Université de Lille, estime que cela est possible "dans le cas d'une même espèce, par les phénomènes de fécondation croisée ; alors si l'espèce transgénique est plus résistante vis-à-vis des parasites (c'est le cas pour le maïs génétiquement modifié qui résiste aux insectes), elle va peu à peu occuper tout l'environnement et l'espèce sauvage est condamnée à disparaître". Cela signifierait que, dans le cas du maïs, les espèces traditionnelles disparaîtront et que les producteurs qui cultivent un maïs transgénique ne pourraient plus rien garantir à leurs consommateurs.

Si, effectivement, existe une réglementation en ce qui concerne la production de semences, inversement aucune distance de protection n'a été définie entre des champs de maïs transgéniques et d'autres champs de maïs non transgéniques destinés à la consommation humaine ou animalière.

Madame Gevaert, de la société Danival, confirme que cela pose des problèmes de garantie de qualité pour le consommateur et un problème éthique pour le producteur. Cette société, qui commercialise du soja biologique garanti non transgénique et du maïs biologique, adopte une stratégie des plus rigoureuses en faveur de la protection du consommateur et de l'environnement.

Le problème de santé publique et de désordre écologique que peut poser ce maïs transgénique, et toutes les autres plantes transgéniques qui n'attendaient qu'un pionnier de ces végétaux manipulés pour espérer prendre racine dans nos sols et prospérer, est assez grave pour que l'on s'en préoccupe. Il me paraît nécessaire, en tant que thérapeute, d'inciter les associations concernées par la production biologique ainsi que tous les consommateurs à faire pression sur les pouvoirs publics pour qu'une règlementation sévère protège la filière biologique. Puisque le loup est maintenant dans la bergerie, exigeons que ce prédateur soit confiné de façon à ce qu'il ne puisse pas dévorer tout le troupeau. Malheureusement (du fait des énormes intérêts économiques internationaux) nous ne pourrons certes pas interdire la culture de maïs transgénique (bien que cela semble être la meilleure des solutions), mais au moins faisons en sorte qu'elle soit suffisamment éloignée de toute culture biologique.

Le maïs transgénique : qu'en pense un transformateur bio ? entretien avec madame Gevaert, responsable communication de la société Danival, transformatrice de maïs biologique.

Madame Gevaert, que pensez vous du maïs transgénique ?


Nous sommes évidemment contre ce type de culture en France. Cela va à l'encontre de nos objectifs de production et de notre éthique vis-à-vis du consommateur, et à l'encontre de la protection de l'environnement.

Etant donné le risque de contamination par la pollinisation, que pensez vous faire pour garantir au consommateur que votre maïs n'est pas transgénique ?


Nous allons essayer d'appliquer la même politique de qualité que celle que nous avons menée avec succès pour le soja. En particulier, nous suivons nos producteurs d'année en année et nous fidélisons les mêmes producteurs. Nous veillerons à ce que les champs de maïs biologique soient séparés des autres champs par des haies, des fossés, des distances de séparation suffisantes. Bien sûr cela dépend des conditions de vent. Plus il y a de vent et plus le pollen peut aller loin.

Mais dans la mesure où Madame Voynet a voté pour le maïs transgénique, nous ne savons absolûment pas si nous disposerons d'un quelconque pouvoir pour interdire la proximité de champs de maïs transgéniques. Cela posera des problèmes de garantie au consommateur, ce que nous ne voulons pas.

S'il était impossible pour vous de garantir au consommateur la qualité non transgénique de votre maïs, que décideriez vous alors ? Arrêteriez vous la transformation de maïs ?


Bonne question. Si vraiment il n'y avait pas de solution satisfaisante, alors peut-être arrêterions nous. Mais le plus probable serait que nous cherchions des fournisseurs à l'étranger, dans des pays où cette garantie pourrait être respectée de manière sûre. Mais cela non plus n'est pas satisfaisant pour nos régions agricoles et pour nos producteurs. Cette question du maïs transgénique et des risques qualitatifs que cela peut entraîner, tout cela peut aussi poser des problèmes économiques.

Nous avons un an pour mettre en place un dispositif satisfaisant comme pour le soja. Nous verrons ce que cela donne.

Avez vous la possibilité de faire entendre votre voix auprès des pouvoirs publics pour pouvoir produire dans les meilleures conditions ?


Cela est difficile. Les écologistes ne se sentent pas concernés par la question. Beaucoup d'entre eux ne sont même pas intéressés par les productions biologiques. Alors nous ne sommes pas spécialement soutenus pour faire entendre notre voix.

Ils ont dit... à propos des organismes génétiquement modifiés


"Les Universités (américaines) sont un enfer de corruption"Léonard Minsky, directeur de la Coalition nationale universitaire dans l'intérêt public aux Etats-Unis. Il dénonçait les accords de recherche entre universités américaines et groupes agro-industriels, privant ainsi la recherche de toute indépendance et de toute objectivité.

"Le monde moderne et singulièrement les autorités publiques ont joué les apprentis-sorciers en mettant en place des systèmes de recherche libérés des appels venant des besoins et livrés à une double dynamique, celle de la découverte et celle du marché. Tout se passe comme si on avait créé des systèmes de recherche pour répondre aux besoins de l'humanité, alors que se sont enfait dégagées, tout à la fois une tendance à mettre la recherche au service d'une économie dominée par l'offre et non par la demande, et la création, à l'intérieur du système de recherche, d'une dynamique autonome, qui n'obéit qu'à la loi de la recherche et non pas à la loi de la société" Edgard Pisani, ancien Ministre de l'Agriculture.

Selon les responsables de la société Monsanto, géant de l'agro-alimentaire américain, les associations se préoccupent des OGM mais "pas au delà de la limite du raisonnable" (!!!).

"En France, malheureusement, peu d'associations se sont intéressés aux enjeux des manipulations génétiques jusqu'à présent, laissant les décisions aux mains de l'industrie et des scientifiques biotechnologiques. Les grands enjeux sont restés complètement ignorés du public" Arnaud Apoteker, de GreenPeace.

"En fait, aucun scientifique ne se préoccupait de l'évaluation des risques liés aux OGM ou des dangers d'un possible accident" Daniel Chevallier, député qui, en 1992 a voulu faire passer un amendement à la loi sur les biotechnologies, afin d'imposer des procédures d'information au public, aux élus et aux associations

"Le Sénat a largement donné priorité au "secret industriel" et à la "compétitivité" des entreprises, en réduisant à presque rien le droit légitime des populations à être informées" Service juridique de France Nature Environnement.

"Ce qu'on ne sait pas aujourd'hui sur les transgènes, on le saura peut-être dans dix ans. Que faire Alors ? La santé publique, n'en déplaise à certains comités médicaux, est donc bien en cause : Le principe de précaution ne devrait-il pas être pratiqué ?" Emile Vivier, Professeur émérite de biologie à l'université de Lille.

Le point de vue d'un thérapeute sur les OGM :


En tant que thérapeute, on ne peut que s'insurger contre cette tendance à vouloir créer et commercialiser des OGM, dont on ne connait pas l'impact sur la santé publique. Prenons un exemple concret. Les chercheurs de l'INRA cherchent à mettre au point une dinde sans graisse (voir du Sol à la Table, juin 1997, p 28). Or les graisses de la dinde sont poly-insaturées, et donc utiles pour leurs propriétés anti-cholestérol. De plus, certaines vitamines liposolubles seraient contenues en moins grande quantité dans cette nouvelle variété de dinde. Ainsi pouvons nous affirmer par ce seul exemple que l'apparition des OGM dans notre alimentation peut perturber gravement notre équilibre alimentaire. Pire même, en modifiant les propriétés médicinales de plantes et de matières animales, l'Homme risque de se couper de plusieurs milliers d'années d'expérience dans l'usage médicinal de la nature. Imagine-t-on qu'un jour la banane puisse amener un vaccin contre la polyo ? ou que telle plante ou légume hypotenseur devienne hypertenseur ? Quel avenir est-il réservé à la médecine hippocratique et à la naturopathie si les chercheurs multiplient la mise sur le marché d'organismes génétiquement modifiés ? Le consommateur lambda ne pourrait même plus se soigner par des aliments ou des plantes car il ne serait même pas assuré que les caractères génétiques de ce qu'il consomme correspondent à cette plante ou cet aliment dont la description des propriétés ont été façonnées par le temps. Ces problèmes méritent aussi d'être soulevés car ils n'ont pas été abordés jusqu'à présent dans les médias et par les "experts".
Nutrition et phytothérapie transgéniques, faut-il s'inquiéter ?

Le point de vue d'un naturopathe

Depuis quelques années, nous voyons apparaître ce que tous les comités d'éthique des années soixante dix n'osaient à peine accepter, à savoir des organismes génétiquement modifiés, élevés ou cultivés, commercialisés et destinés à la consommation tant animale qu'humaine.

La question des aliments génétiquement modifiés est l'une des plus importantes aujourd'hui. Les enjeux économiques sont énormes ; les tabous philosophiques sont puissants mais commencent à être transgressés ; les craintes des consommateurs sont profondes, car les agronomes et les industriels de l'agro-alimentaire touchent à ce qu'il y a de plus intime dans l'identité des espèces végétales et animales, ce qui nous renvoie aussi à nous questionner sur notre propre identité De nombreux scientifiques indépendants, universitaires reconnus comme Jean Marie Pelt, s'élèvent cependant contre le dévelop-pement des cultures et des élevages de plantes et d'animaux génétiquement modifiés.

La raison principale qui devrait nous pousser à refuser cette dérive de l'agro-industrie, c'est qu'il est impossible de garantir au consommateur que son alimentation ne contient pas de "transgènes", car, surtout dans le domaine végétal, les fécondations croisées ne sont pas maîtrisables. Comment empêcher un pollen de maïs transgénique féconder un ovule de maïs non transgénique situé à deux cents mètres d'intervalle ? C'est strictement impossible, et tous les botanistes peuvent le confirmer.

Pire, il est même impossible de garantir au consommateur que l'aliment transgénique n'a pas de conséquence sur la santé. Je prendrais un exemple concret. Actuellement, à l'INRA, on cherche à créer une variété de dinde transgénique, qui ne produise plus de graisse. Or la graisse de la dinde contient des acides gras poly-insaturés (comme la graisse de toute volaille) aux effets anti-cholestérol reconnus par tous. De plus, de nombreuses vitamines sont liposolubles, donc, s'il y a moins de graisse dans la nouvelle variété de dinde, il y aura également moins de vitamines liposolubles. Ainsi, en modifiant génétiquement un aliment, on risque d'aggraver des carences ou de déséquilibrer notre alimentation.

Imaginez une tomate transgénique qui contiendrait moins de pro-vitamine A, imaginez un foie de morue appauvri en vitamine D...du simple fait qu'on aurait cherché à modifier l'un des aspects de ces aliments. Aucune étude d'impact sur la santé publique n'a été réalisé à ce jour, qui prenne en compte ces paramètres.

Pire encore, s'il était possible, sachant que les gènes des plantes transgéniques peuvent être transmises à des espèces voisines, on risquerait de voir se modifier les propriétés médicinales des plantes en un temps record. Alors qu'il a fallu des milliers d'année d'expérience pour connaître et affiner nos connaissances des plantes médicinales, ainsi en peu de temps nous risquerions de voir des plantes acquérir des propriétés inhabituelles, des toxicités ou des capacités à provoquer des allergies. Alors, comment, en phytothérapie, pourrions nous maîtriser nos prescriptions si nous ne sommes plus sûr des propriétés des plantes que nous employons ?

De même, des aliments à propriétés médicinales ne pourraient sans doute plus être employées de manière sûre. Ainsi, les bananes, que l'on manipulerait pour y introduire des gènes de virus ou de bactéries pour en faire des vaccins alimentaires (!!!), pourraient causer des chocs post-vaccinaux. Et qui vendrait ces bananes ? des épiciers ou des pharmaciens ??!

Autre exemple, le maïs, selon Jean Valnet, est un modérateur de la thyroïde. Il en va de même pour le soja. Imaginons le désastre si ces propriétés étaient renforcées outre mesure. Etant donné que ces deux produits sont largement employés dans l'alimentation tant animale qu'humaine, les populations deviendraient hypothyroïdiennes !!! Les règles de prudence imposeraient donc que soit contrôlée la stabilité des propriétés alimentaires et des effets médicinaux des plantes et des animaux manipulés.

C'est donc toute la médecine d'Hippocrate et toute la naturopathie qui sont menacées par la mise sur le marché de plantes transgéniques. Ce n'est pas admissible. Il est inacceptable de sacrifier sur l'autel de la rentabilité économique à court terme de quelques grosses sociétés agro-alimentaires, à la fois la qualité de notre alimentation et la qualité des traitements naturels. Nous ne devons pas accepter pour le consommateur un risque de type "vache folle" d'autant plus que les moyens de se soigner naturellement seraient moins fiables. C'est pourquoi il faut absolûment interdire la commercialisation d'organismes génétiquement modifiés tant que les preuves d'inocuité et de non propagation des "transgènes" dans la nature ne sont pas apportées.

Alain Tardif (mis à jour 2002)