Du moratoire à l'interdiction totale des OGM ? par Frédéric Prat, agronome à GEYSER
(source : Point de vue - Inf'OGM n°41 - Avril 2003 - www.infogm.org)
Le dernier éditorial (non signé) de la revue de la recherche européenne, RDT
info (1), titre, au sujet des supposés clones de la secte Raël : «un clone
trop
loin». Et dans un premier temps, de se glorifier que l'article 3 de la
Charte européenne des droits fondamentaux établisse explicitement «l'
interdiction du clonage reproductif des êtres humains». Ensuite, le
Commissaire à la recherche, Philippe Busquin, confirme que le sixième
programme cadre européen de recherche ne financera aucune activité de
recherche sur ce thème, et qu'il soutient l'initiative franco-allemande
visant à établir une convention mondiale interdisant le clonage reproductif
humain.
Pourtant, l'article se termine en rappelant la fameuse loi de Gabor : «tout
ce qui est possible sera nécessairement réalisé».
Dès lors, se pose le débat sur la liberté de la recherche. Car c'est souvent
un argument, sinon l'Argument, avancé par les chercheurs, lorsqu'il traitent
les anti-OGM d'obscurantistes : «Faudrait-il renoncer à la recherche, à
l'expérimentation, à l'innovation, au progrès ?», s'insurgeait ainsi Alain
Catala, directeur du groupe Limagrain, après la destruction de maïs
transgénique dans la Drôme (2). Selon ces chercheurs, la recherche serait
neutre, et ce sont ses applications qu'il faudrait encadrer. Mais puisqu'
aujourd'hui tous s'accordent à dire que la loi de Gabor est vraie, il
devient évident que la sacro-sainte liberté de recherche doit se poser en
amont, dans le choix même des sujets de recherche, et que certaines
recherches doivent être interdites.
Et pour les OGM ? Les manipulations génétiques sont à mon sens un formidable
outil de laboratoire pour tenter de comprendre la complexité du vivant.
Mais, dilemme, si la recherche en fabrique, d'autres en mettent aussitôt sur
le marché. Alors, faut-il interdire toute manipulation génétique ? La
plupart des anti-OGM exigent simplement un moratoire sur la
commercialisation. Dans la mesure où l'on ne connaîtra jamais toute la
complexité du vivant, il me semble qu'il serait plus clair d'exiger une
interdiction définitive de commercialisation. Ainsi assurées d'un non-retour
sur investissement, les firmes se retireraient de cette course stupide et
dangereuse, laissant la place à une recherche publique de connaissance,
applicable au décryptage et fonctionnement des relations entre des êtres non
génétiquement manipulés.
1, RDT Info, N°36, février 2003, page 2
2, Le Monde, 15 août 2001
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Frédéric Prat - Geyser
Rue haute - 34270 Claret - France
Tél. +33 (0)467 028 209 - Fax (0)467 028 159
frederic.prat@geyser.asso.fr
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