VITICULTURE ET OGM

Inquiets d'une éventuelle apparition des OGM en viticulture, des producteurs bourguignons ont récemment fait le point sur ces recherches, en interrogeant des spécialistes. Ils ont rédigé un document, intitulé " Les vins de Bourgogne et les OGM " (1), où ils expriment leur nette opposition aux OGM. Dans ce document, ils se posent la question suivante : " Les OGM sont-ils une source de progrès pour la production de vins d'appellations d'origine contrôlée de Bourgogne ? ".

Ils dressent d'abord un diagnostic de la situation actuelle. " Même si aucun OGM vigne et vin n'a obtenu à ce jour d'autorisation de mise sur le marché en Europe, les recherches sont cependant très avancées. Des levures OGM permettent déjà en laboratoire de réaliser la fermentation malolactique en même temps que la fermentation alcoolique, le tout en 4 jours ; acidifier les moûts en transformant une partie des sucres en acide lactique ; augmenter la production de glycérol ; des porte-greffes résistant au court-noué sont en phase d'essai. D'autres projets sont en cours d'évaluation ou de développement : levures sécrétant des enzymes, des anti-bactériens, des arômes variétaux... ; porte-greffes résistant à l'enroulement ; cépages résistant à l'oïdium, à l'eutypiose, à la flavescence dorée, au phylloxéra ; cépages à faible absorption de potassium..."

Suite à ce constat, leur analyse est la suivante : " Les sujets de recherche qui permettraient de réduire les interventions chimiques dans les vignes et les sulfites dans les vins semblent les plus conformes à nos objectifs. De nombreuses questions restent cependant posées et sans réponse : le développement des OGM accentuerait un phénomène apparu avec la généralisation des organismes sélectionnés : l'utilisation d'un nombre restreint de variétés qui induit une diminution de la diversité génétique, indissociable de nos terroirs ; les risques de perte de la typicité de nos vins sont élevés en utilisant les cépages et les levures OGM ; les levures et bactéries OGM présentent des risques de dissémination incontrôlables dans l'environnement, donc de modification de la flore indigène. (...) Au nom de la contrainte de typicité nous pensons qu'il est dangereux d'utiliser des micro-organismes OGM pour l'élaboration de nos vins ".

Enfin, leur texte s'achève sur une série de demandes : - " Un moratoire de 10 ans minimum avant toute mise en marché d'OGM concernant la vigne et le vin ; que le génie génétique ne soit pas la seule priorité de la recherche publique et qu'elle soit poursuivie et soutenue au moins autant dans les autres domaines (biologie de la vigne, des parasites, des micro-organismes, culture biologique ou biodynamique et toute solution alternative) ; que la recherche privée et publique assure une transparence totale ; une meilleure information sur les procédures d'agrément des produits œnologiques et du matériel végétal ".

Depuis cet " Appel de Beaune ", d'autres viticulteurs, dans le Bordelais et le Val-de-Loire notamment, ont suivi cette démarche, et se sont également prononcés en faveur du moratoire. Mais pourquoi donc une telle levée de bouclier en ce moment précis ? Parce que le 7 février 2000, la Commission a adopté une proposition de directive (COM (2000) 59) visant à modifier la directive 68 / 193 / CEE qui définit les conditions dans lesquelles les matériels de multiplication de la vigne peuvent être commercialisés dans l'Union européenne. Et dans cette proposition, on trouve la possibilité d'introduire des porte-greffes transgéniques ! Une coordination européenne contre les vignes génétiquement modifiées vient de se mettre en place, sous l'égide de l'Italie (2)...

Frédéric Prat.

1. Disponible par mél à : sce-domaine-leflaive@wanadoo.fr et paru dans Vitis Vini bio n°12, février 2001 (Vini Vitis Bio, 23, Latapie Labrau, 33220 Pineuilh, tél. / fax : 05.57.46.51.59, mél : danielnoel@free.fr).
2. Mél de Slow food : info@slowfood.it.
copyright article : Biocontact et Frédéric Prat.