L'agriculture raisonnée en Picardie :une solution aux problèmes de pollutions posés par l'agriculture intensive ?![]() cliquez sur l'image (source mdrgf) pour agrandir article publié dans BIOCONTACT n°125, copyright MDRGF/Biocontact les personnes désirant recevoir plus de renseignements, soutenir ou adhérer au MDRGF peuvent envoyer un message avec leurs noms et adresse à : plaquettemdrgf@yahoo.fr : elles recevront une plaquette de présentation du MDRGF, 57/59 rue de la Convention, Paris XV°. Tel/Fax : 01 45 79 07 59. Pourquoi l'agriculture raisonnée s'est -elle implantée Picardie ? Bien que moins connue que l'exemple de la Bretagne, la situation de la région picarde au regard des conséquences des pratiques agricoles intensives sur l'environnement n'en est pas moins catastrophique. Les eaux sont polluées par les nitrates et les pesticides à des teneurs en constante augmentation dans les eaux souterraines ces dernières années. Ainsi, en 2001, le seul département de l'Oise comptait 47 captages dont les eaux contenaient plus de 50 mg de nitrates par litre, soit plus de trois fois plus que quatre années auparavant. Des études réalisées par le BRGM dans le département de la Somme montrent qu'en certains endroits du département des eaux contenant jusqu'à 200 mg/l de nitrates descendent lentement vers les nappes phréatiques (1) d'où elles seront pompées pour alimenter les réseaux d'eau de la région. Quant aux pesticides, ce sont plus de 200 000 personnes du département de l'Oise qui en boivent dans l'eau distribuée à leur robinet ! 22% des captages de l'Oise produisent de l'eau qui contient des teneurs de pesticides supérieures aux Concentrations Maximales Admissibles ( CMA) de 0,1 microgrammes par litre. A côté des ces pollutions chimiques d'autres dégradations existent : haies arrachées en quantité ( là où il en existe encore), érosion due aux écoulements d'eau et de boue dans des pentes cultivées qu'aucune haie ou bandes herbeuse n'arrête, élevages industriels polluants décentralisés de Bretagne.. Alors forcément, ici aussi, il devient de moins en moins facile de faire accepter cette agriculture là au public, dont la confiance a déjà été lourdement ébranlée ces dernières années par les scandales alimentaires à répétition ( vache folle, poulet à la dioxine, pesticides dans les légumes...) Face à cette situation, la profession agricole ( ici aussi largement dominée par la FNSEA ) a décidé de mettre en place un ensemble de dispositions visant surtout à modifier...l'image de la profession et de ses pratiques, à défaut de réformer ces dernières en profondeur. A cette fin elle a adopté l'agriculture raisonnée. Des dispositions vagues et sans ambition. Pour vous convaincre de l'analyse qui vient d'être développée, je vous invite à une lecture de la presse agricole locale. Ouvrons donc le numéro 463 de l'Oise agricole, organe de la FDSEA du département, daté du 16 novembre 2001, qui consacre un dossier à l'agriculture raisonnée en Picardie, ici labellisée " Quali'Terre ". Voyons d'abord dans ces pages quelles sont les motivations de la mise en place de l'opération " Quali'Terre " : " ...pour une grande majorité de nos concitoyens, les agriculteurs sont considérés comme des pollueurs. Et chaque " affaire " montée en épingle par les médias concourt à accentuer cette croyance ( sic !). Encore début Août, une étude menée par Bruxelles (2) tendait à accréditer l'idée que plus de la moitié des fruits et légumes consommés en France contenait des résidus de pesticides ( re sic !)." L'affaire commence mal, car on ne voit pas très bien comment la profession agricole pourrait prendre de bonnes mesures pour réduire les pollutions qu'elle cause...si elle persiste à les nier ! Pourtant la suite semble plus encourageante : " Face à ces attaques répétées...les agriculteurs...ont entamé une démarche visant à réformer certaines pratiques, comme celle par exemple de l'utilisation des phytosanitaires... " Ah, ah, et quelles sont donc ces pratiques réformées ? On trouve la réponse plus bas, dans la description du volant environnemental de la démarche " Quali'Terre " : " Les actions retenues sont multiples...à titre d'exemples : isolation et étanchéité du local phyto...amélioration de la qualité du pulvérisateur...amélioration des conditions de traitement : connaissance des conditions météo...sécurité des stockages des produits liquides dangereux ...etc ". Pas un mot sur une éventuelle réduction de l'utilisation des pesticides si ce n'est, perdu quelque part dans les deux pages de l'article, un vague passage :" (les pesticides) sont utilisés au bon moment et à des doses parcimonieuses. " Cet objectif est très vague et manque singulièrement d'ambition. Au mieux cela signifie que les agriculteurs adhérents ne souhaitent pas traiter n'importe quand à des doses inutilement élevées, évite les traitements d'assurance inutiles, ce qui semble tomber sous le bon sens économique, mais ne garantit pas une baisse de l'utilisation des pesticides significative. Pour la gestion des nitrates, le document met seulement en avant : " la mise en place de culture intermédiaires piège à nitrates " : là encore aucune volonté d'abaisser les doses employées. Les ambiguités du discours des tenants de l'agriculture raisonnée en matière de gestion des phytosanitaires en Picardie. En fait, loin de ces écrits vagues, le citoyen curieux voulant se faire une opinion sur l'agriculture raisonnée doit participer à des réunions publiques organisées par la profession agricole. C'est en voulant nous renseigner au sujet de l'agriculture raisonnée que nous avons suivi la conférence sur l'agriculture raisonnée de Guy PAILLOTIN (3) à L'ISAB en Avril 2000. Nous avons relevé lors de cette conférence un certain nombre d'éléments intéressants :
Une opération de communication. Sur le terrain il n'y a d'ailleurs pas moyen de se faire prouver par les agriculteurs que nous connaissons une quelconque baisse de l'utilisation des phytosanitaires. Cela serait pourtant simple : il leur suffirait de nous montrer l'évolution à la baisse des dépenses du poste phytosanitaires au fil des ans...ce qu'ils ne font jamais. Si elle existait vraiment, cette baisse de l'utilisation des pesticides, preuve à l'appui, constituerait un argument de poids pour la communication des tenants de l'agriculture raisonnée. Or, cet argument n'est jamais mis en avant dans les nombreuses opérations de communications qu'organise ou suscite " Quali'Terre " dans notre région. Celles-ci ne manquent pourtant pas. La communication semble en effet être le point fort de " Quali'Terre " : nombreux reportages sur FR3 Picardie, articles de journaux innombrables, colloques divers, réunions publiques...vantent les mérites de l'agriculture raisonnée en Picardie. Face à cette multiplication de grands messes à la gloire de l'agriculture raisonnée, nous nous sommes rendus de nombreuses fois à de telles réunions consacrées à l'agriculture raisonnée. (5) Elles se passent toujours un peu de la même façon. La réunion est annoncée dans la presse très peu de temps auparavant ( comme cela on est sûr de ne pas avoir trop de perturbateurs dans la salle). Un plateau prestigieux ( Préfet, Député, Président de la Chambre d'Agriculture de l'Oise....) qu'accompagne un représentant des consommateurs soigneusement choisi (à l'UFC, membre du réseau FARRE : Forum pour une Agriculture Raisonnée Respectueuse de l'Environnement, à la base de la création de l'Agriculture Raisonnée) vante les efforts de cette forme d'agriculture qui fait tant pour l'environnement . Le public ne contredit pas... puisqu'il est composé à peu près exclusivement d'agriculteurs intensifs invités par la FNSEA. Les agriculteurs leaders du dispositif " Quali'Terre " nous délivrent enfin leur crédo, en substance : " ...nous avons traversé une crise de confiance vis à vis de l'agriculture car les consommateurs étaient mal informés. Ces peurs étaient irrationnelles. Il nous faut maintenant communiquer pour expliquer ! " Et voilà, la messe est dite. La solution est simple : il ne s'agit pas de changer les choses au fond, mais de faire savoir comme nous sommes déjà très bons...sans avoir aucun chiffre à avancer encore une fois, et surtout CO-MMU-NI-QUER.. Face à cet unanimisme nous sommes intervenus à chaque fois pour rappeler, en vrac, l'augmentation de l'utilisation des phytos, le problème de la pollution des eaux, les problèmes de santé liés...Bien sûr nos interventions ont jeté un froid...mais l'opération de communication officielle n'en était nullement perturbée puisque le lendemain aucun de nos propos ne figurait dans les colonnes des journaux. En effet, quand vous avez avec vous à la fois la puissance publique, les politiques et la profession agricole, il n'est pas difficile de faire comprendre à la presse locale qu'il est de bon ton de ne pas trop rendre compte de l'opposition exprimée dans la salle. Résultat : une page dans le quotidien local qui vient alimenter le press-book de Quali'Terre...et abuser la crédulité des lecteurs -consommateurs sur la qualité environnementale des pratiques de " Quali'Terre ". Mais pendant ce temps là, sur le terrain, les dégâts continuent ! Dans la réalité : des pratiques agricoles toujours aussi prédatrices. L'apparition de l'agriculture raisonnée dans notre région ne s'est pas accompagnée d'une réduction significative des atteintes à l'environnement liées à l'agriculture. Les haies , arrachées massivement depuis trente ans continuent à disparaître dans nos campagnes, les pâtures des hauts de vallée sont retournées, ceci favorisant l'érosion et les inondations des fonds de vallée. Le désert agricole voué aux monocultures polluantes s'étend toujours d'avantage vers les anciennes zones de bocages ( Pays de Bray, Picardie Verte...), entraînant une baisse générale de la biodiversité. La qualité des eaux, déjà présentée en termes généraux plus haut, continue de se dégrader. Ainsi, le village de Montiers (Oise) a vu son eau passer de 52 mg de nitrates par litre en février 2001 à 84 mg/l en juillet de la même année ! Les pesticides font eux aussi encore des ravages, et pas seulement dans les eaux mais aussi dans l'air ! Ainsi, depuis 10 ans, Georges TOUTAIN (6) mène un verger sur pré jouxtant côté vents dominants un champ géré en agriculture raisonnée. Chaque année, les pesticides, herbicides et autres hormones en provenance des champs voisins endommagent la haie dont les dégâts vont de la frondaison grillée au nanisme des feuilles, jusqu'à la mort de certains arbres ou arbustes. Les mêmes dégâts sont observés sur une profondeur de 50 mètres sur 4 rangées de poiriers à poiré ,chaque année des poiriers présentent des symptômes unilatéraux de la frondaison: le côté OUEST, avec du nanisme de feuilles sans floraison, le côté EST, en meilleur état avec floraison. En 10 ans, 4 poiriers sont morts empoisonnés et nombreux présentent des signes d'empoisonnement. Pourtant certains agriculteurs raisonnés essayent de trouver des produits de substitution à des molécules très décriées ou en voie d'interdiction, comme l'atrazine. Dans ce contexte, les industriels de la phytopharmacie leur proposent de nouvelles molécules parées de toutes les qualités et bien sûr, d'innocuité... Ainsi, elles ont proposé aux agriculteurs du coin un substitut de l'atrazine qui s'appelle l'isoxaflutole, vendu sous le doux nom commercial de MERLIN (l'enchanteur) . La publicité d'accompagnement présente ce désherbant comme " Un produit moderne pour une approche moderne du désherbage du maïs...totalement dégradé dans le printemps suivant l'application... sans classement toxicologique ". Tout donc irait pour le mieux si nous ne nous étions pas aperçus que l'Agence de Protection de l'Environnement des Etats Unis classe l'isoxaflutole dans le groupe BI " probable cancérigène pour l'homme ". Elle le considère également comme étant " très persistant, mobile dans les sols, pouvant s'accumuler dans les eaux souterraines... ". Toutes les qualités pour être à son tour interdite à la vente dans quelques années ! Alors, à quand une agriculture " raisonnable " en Picardie, c'est à dire une agriculture se fixant des objectifs quantifiés et vérifiables de réduction d'utilisation des intrants chimiques (7) , pesticides et engrais, pour remplacer cette agriculture raisonnée...chimiquement ?
François VEILLERETTE Président du M D R G F Administrateur de PAN Europe 1) Rapport du BRGM de septembre 1999 : "Suivi de la nappe et de la zone non saturée dans le bassin de l'Hallue ( Somme). " 2) Rapport de la Direction Générale Santé Consommation de l'Union Européenne : " Monitoring of pesticides residues in products of plant origin in the EU, norway and Iceland. 1999 Report. SANCO/397/01-Final. Juin 2001."Le MDRGF a rendu public ce rapport auprès des médias français en Août 2001. 3) Guy Paillotin est un ancien PDG de l'INRA. 4) Affirmation fantaisiste contredite par les chiffres de l'OMS qui évalue les décès annuels dus aux pesticides à au moins 20 000 par an dans le monde. Pour davantage d'informations sur les effets des pesticides sur la santé humaine, lire : "Pesticides, le piège se referme ", F.Veillerette, éditions Terre Vivante. 5) Les militants du Mouvement pour les Droits et le Respect des Générations Futures y voient là un façon d'être un contre pouvoir face au lobby agricole dominant dans la région. Pour plus de détails sur les activités de l'association , voir : www.mdrgf.org 6) Georges TOUTAIN est agronome à la retraite, ex-INRA. Il a fondé le MDRGF dont il est maintenant le Président d'Honneur. Il a notamment publié : "Les agricultures et Horticultures raisonnées chimiquement dans l'impasse ", MDRGF, 2001. Contacter l'auteur à : mdrgf@wanadoo.fr. 7) Le réseau d'ONG "PAN Europe "( Pesticide Action Network), dont le MDRGF est un partenaire, propose une Directive pour la Réduction de l'utilisation des pesticides en Europe. Les associations sont appelées à soutenir cette proposition. Retrouvez ce texte sur le site web du MDRGF à l'adresse : www.mdrgf.org |