09-10-03

Les Tchadiens portent le deuil tandis que la Banque Mondiale
et Exxon célèbrent l’oléoduc Africain


COMMUNIQUE DE PRESSE

LES AMIS DE LA TERRE

9 OCTOBRE 2003

Les Tchadiens portent le deuil tandis que la Banque Mondiale et Exxon célèbrent l’oléoduc Africain

(Paris, 09/10/2003) Le collectif des Associations de Défense des Droits de l ’Homme au Tchad a appelé à une journée nationale de deuil le 10 octobre, date de l’inauguration officielle de l’oléoduc Tchad Cameroun. L’appel, qui est soutenu par les organisations de femmes, les syndicats et des ONG, déclare que les revenus du pétrole Tchadien « ne seront qu’une arme de plus aux mains d’une oligarchie de rapine pour écraser les populations tchadiennes». Les groupes dénoncent l’insécurité et l’impunité qui prévalent dans le pays et qui ne fera que s’amplifier avec l’exploitation du pétrole ». Le 12 septembre, le gouvernement a interdit une marche pacifique organisées par les groupes de défense des droits de l’homme.

Le projet Pétrole Tchad Cameroun de 3.7 milliard de dollars, qui est dirigé par un consortium composé d’Exxon, de Chevron et de Petronas, représente le plus grand investissement privé en Afrique aujourd’hui. En 2000, malgré les protestations des Tchadiens, des Camerounais et des organisations internationales,la Banque Mondiale a approuvé le projet en affirmant que cela générerait d’importants revenus pour le Tchad et aiderait à lutter contre la pauvreté. Un mécanisme a été mis en place afin d’assurer une gestion transparente des revenus du pétrole, mais la corruption et le manque de capacité du gouvernement Tchadien ont jeté un doute sur son efficacité.

« L’évaluation de la Banque Mondiale de la situation au Tchad est basée sur des hypothèses irréalistes » déclare Susane Breitkopf, chargée de la campagne Afrique aux Amis de la Terre France, « tandis que les officiels de la Banque Mondiale organisent des conférences satellites pour la presse internationale, les citoyens Tchadiens sont littéralement laissés dans l’obscurité/dans l’ignorance sans aucun moyen de communiquer leurs griefs ». Le gouvernement Tchadien, réputé pour ses affaires de corruption et les abus liés aux droits de l’homme, a utilisé le premier bonus de 4.5 millions de dollars qu’il a reçu des compagnies pétrolières pour acheter des armes. « Il est cynique de la part de la Banque Mondiale de prétendre que la situation a changé. Dans son propre projet de rapport interne destinés aux directeurs exécutifs en août 2003, la Banque a trouvé de nouveaux « misreporting »financiers par les autorités Tchadiennes », ajoute Susane Breitkopf.

Selon un réseau d’ONG Tchadiennes travaillant sur les questions liées au secteur pétrolier, la Commission Permanente Pétrole de N’djaména (CCP), le projet a déjà causé des dommages considérables dans la zone de production du pétrole et les mesures promises par la Banque Mondiale pour protéger l’ environnement et la population n’ont pas été mises en œuvre. Lors d’une conférence de presse à N’djaména, les représentants du CPPN ont critiqué, entre autres choses, l’augmentation de l’insécurité alimentaire et les tensions sociales dans la région de production du pétrole, dues à une migration massive induite par le projet. Durant la construction de l’ oléoduc, la prostitution s’est développée à grande échelle entraînant la progression du SIDA.

Pendant ce temps, les compagnies pétrolières ont clandestinement exploré d’ autres régions riches en pétrole au Tchad susceptibles d’alimenter l’ oléoduc, ignorant de ce fait les clauses de la convention de prêt de la Banque Mondiale. Comme condition de son aide financière, la Banque Mondiale demandait que le transport du pétrole par l’oléoduc soit développé en conformité avec les normes établies pour le projet Doba.

Lors une récente déclaration, les organisations françaises exprimaient leur soutien aux groupes Tchadiens, qui ont déclaré, « la fête du 10 octobre 2003 est pour nous un non sens et un non événement. Observe la journée de deuil pour dire aux autorités que tu n’a que trop souffert, et que le moment est venu pour eux de prendre leurs responsabilités afin de garantir ta sécurité, et que les revenus du pétroliers ne viennent pas accentuer ta situation déjà précaire ».

contact :

Susanne Breitkopf
Programme Afrique-Banque Mondiale
Tél. : 06 77 77 58 68 00 33 ou 01 48 51 32 22
email : s.breitkopf@amisdelaterre.org