RETOUR LISTE

14-11-05

Maîtriser les problèmes sanitaires et parasitaires, c’est possible en bio !

Le 14 novembre 2005

COMMUNIQUE DE PRESSE:

Maîtriser les problèmes sanitaires et parasitaires, c’est possible en bio !

Véritable interface entre la recherche et le développement en agriculture biologique, le Pôle Scientifique Agriculture Biologique Massif Central assure l’accompagnement scientifique du développement de l’agriculture biologique sur l’ensemble du Massif Central à travers une triple mission de coordination, d’expertise et de valorisation des résultats de la recherche-développement en AB.

Réalisée avec le soutien du Conseil Régional de Rhône-Alpes et du Conseil Général de la Loire, la 5ème édition de Journée Technique du Pôle Bio, consacrée aux questions sanitaires et parasitaires en élevage bio, s’est déroulée le 8 novembre dernier, au lycée agricole de Roanne-Chervé. Une centaine de participants issues du Massif Central ou de plus loin (Ardennes, Vosges, Bretagne, Aude, région parisienne...) était au rendez-vous: techniciens, agriculteurs, animateurs, chercheurs, scolaires et enseignants. Cette manifestation s’est déroulée dans une ambiance conviviale, en particulier grâce à la forte implication de l’équipe du lycée agricole de Roanne-Chervé et des producteurs bio locaux de l’ARDAB ayant fourni les produits bio pour le repas.

Les questions sanitaires et parasitaires ont été abordées à travers 3 axes: les méthodes de prévention utilisées en élevage biologique notamment face au parasitisme, les outils de diagnostics disponibles ou à développer, et les traitements de ces problèmes sanitaires et parasitaires.

Que ressort-il des différentes interventions et débats de cette journée? Michel BOUILHOL (enseignant-chercheur à l’ENITA de Clermont-Ferrand) a rappelé que le cahier des charges bio donne priorité à la prévention, aux médecines naturelles et limite le nombre de traitements allopathiques chimiques par animal (ceux-ci n’étant utilisés qu’en dernier recours et uniquement à titre curatif). Pour ces raisons, les aspects sanitaires et parasitaires effraient et font souvent hésiter les agriculteurs conventionnels à franchir le pas de l’agriculture biologique. Pourtant sur le terrain, on n’observe pas plus de problèmes en agriculture biologique qu’en conventionnelle (tous élevages confondus).

La maîtrise des problèmes sanitaires et parasitaires en élevage bio est possible, à condition que le système soit équilibré. En effet, la santé est un état de bien être et d’équilibre entre un organisme et son milieu. Les problèmes parasitaires et sanitaires ne se révèlent que lorsqu’il y a un déséquilibre. Ainsi en élevage laitier, une alimentation mal équilibrée, ou mal réglée peut être à l’origine de problèmes de santé (fourbures, fièvres de lait...).

Comme l’a montré le témoignage d’Emmanuel BERGER, éleveur laitier de la Loire et du vétérinaire de son troupeau, la période de conversion est souvent un cap difficile (avec chute de la production, aggravation des problèmes...), et d’autant plus que tous les repères changent en même temps aussi bien sur un plan agronomique que zootechnique. La conversion à l’agriculture biologique doit donc permettre aux éleveurs d’adapter, voire de changer leurs pratiques, et d’analyser le fonctionnement global de leur système de production. Ce n’est pas en arrêtant du jour au lendemain tous les traitements, ni en se contentant de remplacer un remède allopathique par un médicament naturel que l’éleveur pourra maîtriser les problèmes sanitaires et parasitaires en AB. Dans le cadre d’un système d’élevage réfléchi et conçu de façon équilibré dans le contexte de la production biologique, la situation s’améliore peu à peu et l’équilibre se rétablit. Réaliser une conversion nécessite donc toujours une anticipation et une bonne préparation; elle peut être largement facilitée et consolidée dans le cadre d’une réflexion collective.

En AB, l’approche préventive de la santé animale conduit à davantage d’observations. Denis FRIC, vétérinaire au GABLIM (groupement de agriculteurs bio du Limousin) a ainsi insister sur le fait que l’on peut observer attentivement les signes alimentaires des animaux (observations de la consistance des fécès, de l’aspect de la peau, de la laine ou du poil, du contour des yeux...), afin de mieux «régler» une ration avant que les conséquences ne soient trop lourdes. Une démarche collective s’appuyant sur l’analyse des pratiques des éleveurs a été mise en place en Aveyron par l’AVEM (Association Vétérinaire Eleveurs du Millavois) dans l’objectif de maîtriser le parasitisme du ténia sur agnelles. Par une adaptation originale de la méthode HACCP, les facteurs de risque et les points critiques sont repérés et corrigés. Cette méthode demande du temps, mais permet de construire une solution adaptée à chaque situation et de mutualiser les savoirs aussi bien entre éleveurs qu’entre vétérinaires et éleveurs. D’autres outils de diagnostic et d’aide à la décision pour la gestion anti-parasitaire ont également été présentés au cours de cette journée par Jacques CABARET, chercheur en parasitologie à l’INRA de Tours (coprologies, autopsies, indices de diarrhée, méthode Famacha®, diagnostrong...).

Des essais menés sur l’utilisation de médecines naturelles ont également été présentés~: L’intérêt d’un trempage filmogène post-traite avec un produit contenant un noyau d’huiles essentielles a été testé dans le cadre des programmes de recherche PEP de la région Rhône-Alpes. Les résultats, présentés par Stéphane MILLET de l’ADABIO, indiquent que ce produit semble avoir un effet préventif partiel mais cela reste à confirmer. Les huiles essentielles en injection intra-mammaire, ou crèmes de massage semblent également avoir une bonne efficacité (similaire aux traitements allopathiques, soit de 30 à 50 %).

De même, l’intérêt et les limites de 2 méthodes alternatives permettant de gérer les strongyloses gastro intestinales des ruminants ont été présentés par Hervé HOSTE de l’INRA de Toulouse. L’utilisation de tanins et plantes à tanins a des effets sur les populations de vers (diminution du nombre de vers, de l’excrétion fécale, de la fécondité des vers femelles) d’où une moindre contamination du pâturage et des effets sur la capacité des animaux à maintenir leur production malgré les parasites. Ces résultats sont variables selon les parasites, les espèces hôtes et les plantes utilisées. Les sources potentielles de tanins sont des plantes légumineuses fourragères telles que sulla, sainfoin, lotiers, ou encore des plantes ligneuses telles que le châtaignier, le pin, le genêt, le chêne, le noisetier... L’utilisation de champignons nématophages semble également une piste de lutte biologique prometteuse. Par contre, si cette méthode donne de bons résultats en conditions contrôlées, elle reste à confirmer en conditions d’élevage, en particulier sous nos climats.

Cette journée a donc permis de montrer que les problèmes sanitaires et parasitaires peuvent être maîtrisés en production biologique et que des alternatives à la chimiothérapie se développent et offrent des résultats encourageants. On observe malheureusement encore de nombreux élevages n’ayant pas des pratiques très favorables à une maîtrise sanitaire et parasitaire (alimentation mal réglée, absence d’hygiène...) et qui pourraient améliorer leur situation en adoptant tout simplement de meilleures pratiques.

Avec la restitution de résultats expérimentaux réalisés dans le cadre du Pôle Scientifique Bio et l’apport de données techniques et scientifiques complémentaires (issues de l’expérience de producteurs ou d’autres travaux de recherche), cette journée a été un moment riche en échanges et partages d’expériences pour l’ensemble des participants. Les participants ont notamment apprécié l’alternance de témoignages pratiques et de résultats scientifiques.

Les documents remis aux participants sont disponibles sur simple demande au Pôle bio (au prix de 10 € + frais de port). Les actes de cette journée seront diffusés à partir de février 2006 (au prix de 10 € + frais de port, gratuit pour les participants à la Journée Technique).

Anne HAEGELIN

Animatrice du Pôle Scientifique AB Massif Central
Brioude Bonnefont
43100 FONTANNES
tel/fax : 04.71.74.33.32
fax : 04.71.74.57.80
e.mail : anne.haegelin@educagri.fr
page web : www.itab.asso.fr/PoleABMassifCentral.htm